vendredi 17 février

Le skipper de La Mie Câline a franchi la ligne d’arrivée du huitième Vendée Globe, ce vendredi 17 février 2017 à 9 heures 26 minutes et 09 secondes. Arnaud Boissières prend ainsi la dixième place du tour du monde en solitaire, qu’il a effectué en 102 jours 20 heures 24 minutes et 09 secondes à la vitesse moyenne de 11,4 nœuds pour un parcours de 28 155 milles.

Mascotte des habitants des Sables-d’Olonne, ville où il a posé ses sacs il y a dix ans, Cali – pour «  Caliméro », le surnom d’Arnaud depuis qu’il est adolescent – vient de boucler son troisième Vendée Globe d’affilée. Septième en 2008-2009, puis huitième en 2012-2013, il était cette fois aux commandes de l’ex Paprec-Virbac de Jean-Pierre Dick, un Imoca construit en 2007.  « Un bon Vendée Globe est d’abord un Vendée Globe terminé… Mon objectif est d’être dans les dix premiers » annonçait-il avant le départ.

Rencontrant des ennuis techniques dès les premières heures de course, la trappe de ballast rompue ayant provoqué une inondation et des dégâts électroniques, Arnaud Boissières ne ferme plus guère la caisse à outils du bord pendant trois mois. La Mie Câline navigue dans le milieu du peloton jusqu’à l’équateur et intègre un petit groupe de dix concurrents, emmené par Louis Burton (Bureau Vallée) dans l’Atlantique sud. En vingtième position au bout d’un mois de course, fidèle à son désir de terminer avant tout, Cali fait le choix d’une course en retenue afin de ménager sa monture « Parfois, j’ai envie de me faire prendre par l’émulation, mais je me contiens» écrit-il.

Arnaud conservateur dans le grand Sud

Conforme à sa renommée, l’océan Indien martyrise la flotte éparpillée et incite Arnaud à la prudence, plus qu’à l’attaque. En effet, le groupe de dix devient un club des cinq, que Cali partage avec Fabrice Amedeo, Conrad Colman, Nandor Fa et Stéphane Le Diraison, Louis Burton ayant, pour sa part, appuyé sur le champignon et faussé compagnie aux copains. C’est alors que la Mie Câline subit une avarie de chariot de grand-voile, qui handicape le marin jusqu’à la fin de sa course. Une rencontre avec une baleine provoque également des dégâts mineurs, Arnaud bricole beaucoup pour maintenir son bateau en bon état de marche « A certains moments, j’ai l’impression de naviguer à 60% du potentiel du bateau et ça m’énerve ». Puis dans le Pacifique, alors que le skipper de la Mie Câline suit une trajectoire au nord dans un bord conservateur, Conrad Colman et Nandor Fa prennent la poudre d’escampette,  tandis que Stéphane Le Diraison abandonne « Désormais, je fais la course avec moi-même… Je me mets moins la pression et je me dis qu’il y a plus malheureux que moi ». En 11ème position à l’abord du troisième cap, son rapprochement avec Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) réconforte Arnaud et apporte une note de piment à sa navigation en solitaire.

Emulation amicale avec Fabrice Amedeo

La Mie Câline franchit le cap Horn le 18 janvier, au soixante-dixième jour de course. Newrest-Matmut n’est qu’à quelques longueurs devant lui « C’est une confrontation amicale plutôt agréable, avec Fabrice on s’écrit pas mal…Je n’avais jamais échangé autant sur un Vendée Globe ! » Très proches, ils remontent l’Atlantique et le long de l’Argentine, le skipper de La Mie Câline  reprend la onzième place à son compagnon de route. Si le Pot au Noir  se montre relativement clément, les conditions dans l’Atlantique nord sont très pénibles. « Je crois qu’on va battre des records de lenteur, on fait le tour de la paroisse en contournant l’archipel des Açores, il y a 3-4 mètres de vagues par le travers et 32-33 nœuds. Je suis comme un animal dans son terrier, le scénario est à suspens jusqu’à la fin » raconte Arnaud à la Direction de course. En ce qui concerne l’alimentation, il est temps d’arriver pour le Sablais d’adoption même si, contrairement à Fabrice Amedeo  obligé de se rationner, Arnaud reste serein,  « J’ai de quoi tenir jusqu’au 17 février » apprend-on à la vacation. Le marin est marqué par le démâtage de Conrad Colman, « ça me fait peur » avoue-t-il. C’est au ralenti dans des vents évanescents qu’Arnaud achève son périple de 102 jours en solitaire. Le petit bonhomme qui vient de boucler son troisième Vendée Globe retrouve avec bonheur Léo, son nouveau-né de quatre mois qui a beaucoup changé, mais on sait qu’il pense déjà à un quatrième tour du monde…

Arnaud Boissière en conférence de presse

« Il n’y a pas de plus belle course que le Vengée Globe. »

« Cette 10ème place je la vois comme une victoire. C’était un challenge. Je voulais finir dans les 10 premiers, je l’accroche à l’arrachée. C’est une victoire collective, avec des partenaires qui ont cru en moi. Chacun avait sa place dans la foule du chenal. Ça prouve que ça a marché. »

« Des fois je me suis filmé et je n’avais pas l’air content alors que je le suis vraiment. Cette arrivée est plus belle que pour mes deux autres Vendée Globe. J’étais moins entrainé, c’était peut être plus dur, mais on l’a fait ! Et pourtant, c’était mal parti avec mes problèmes juste quelques heures après le départ. »

« J’ai beaucoup échangé avec mon bateau. Hier on a réglé nos comptes, devant les Sables. Ce bateau avait fait le Vendée Globe et avait abandonné. Pendant ce tour du monde, je le réconfortais quand il souffrait et il faisait de même avec moi. J’ai été le chercher à Barcelone il y a un an. Quand je l’ai ramené, je n’avais pas mes sponsors mais j’avais un comité d’accueil. Et c’est grâce à ça que j’ai pu aller voir David Giraudeau. Allez, amène tes cookies à bord, on part faire le tour du monde! »

« Quand Thomas Coville a fait son record, on m’a demandé si j’aimerais faire du trimaran. Je ne suis pas assez barjot. Ce qui me plait, c’est de partir avec d’autres bateaux. Même si j’ai fait une moins belle course qu’il y a quatre ans j’ai envie d’y retourner. »

« Quand on navigue avec des invités comme j’ai fait en septembre, on leur fait monter la grand-voile, pour rigoler. Et après on se moque gentiment. Ça m’est arrivé à 5 reprises de la descendre complètement pendant la course. Quand t’es dans les mers du Sud, avec 30 nœuds, que t’as bricolé 3h, que t’es trempé, t’as les mains abîmées, ben t’as un moment d’absence. Mais tu la remontes. La 5ème fois, je n’en ai parlé qu’à Fabrice et à ma femme. À ma femme car je devais partager à ça avec quelqu’un, et à Fabrice car on était tous les deux. Si je n’en ai pas parlé c’est par pudeur pour mon bateau. »

« J’ai aussi eu un problème de jupe à l’arrière. J’ai dit àmon bateau qu’il avait un truc qui traînait, il m’a dit que ce n’était pas grave et qu’on continuait. Michel Desjoyeaux disait que cette course c’est un problème par jour. Même s’il exagère un peu, quand tu pars sur un Vendée Globe tu ne te dis pas « tout va bien se passer ». »

« Je n’ai pas envie de revivre certaines petites casses matérielles. Surtout que j’aurais pu en éviter. Dans un projet avec un budget maîtrisé, il faut faire des choix. C’est moi qui ai le dernier mot sur les aménagements et je m’en veux. Toutes les petites choses qui te pourrissent la vie sur le Vendée Globe, ce ne sont pas des choses qui coûtent cher. »

« J’adore communiquer avec les autres concurrents. Certains ne répondent pas. Fabrice me répondait Nos bateaux étaient quasiment similaires. Celui de Fabrice était aux mains de Jean le Cam sur la précédente édition donc il était un peu customisé. Il pèse 500 kilos de moins que le mien. On se parlait beaucoup, en toute franchise. On parlait de nos proches, de nos partenaires, nos femmes. On a parlé comme des gens ordinaires, et dans ce milieu ça fait du bien. Alan (Roura) m’a beaucoup écrit aussi. Il a 23 ans et une sincérité et une clairvoyance incroyable. Le Vendée Globe c’est ça aussi. »

« Devant, ils ont été impressionnants. Les deux leaders ont fait une étape de Figaro. J’ai vu leurs images aux Kerguelen, on dirait les banques images qu’on tourne avant la course. Et Alex est sous gennaker ! En plus il sort son drapeau anglais quand il voit l’hélico. Il ne nous chambre pas un peu? »

« Je pense que les foils sont prometteurs. Le Vendée Globe évolue, il passe par ça. C’est incroyable. Après, il ne suffit pas d’avoir le bateau de Thomson pour faire comme lui. Déjà, j’arrive rincé, mais alors les deux premiers… J’ai aussi été impressionné par Jérémie Beyou. »

« Bien sûr qu’un foiler me tente pour le VG 2020. Est-ce que c’est réalisable? Je ne sais pas. L’avoir un an avant, ce n’est pas possible. Il faut apprendre à naviguer avec. Comme quand j’avais changé de bateau, j’avais fait des entrainements avec Vincent Riou. Tu ne changes pas de bateau de course comme tu changes de voiture de course. »

« Je ne vais pas au casse pipe sur un Vendée Globe, j’y vais parce que ça procure des sensations que je n’avais pas ressenties auparavant. Ça me plait bien. Mais il ne faut pas oublier les moments de galère lors de cette journée de récompense. J’ai pleuré, de rage, de désespoir. Derrière chaque galère il y a un arc-en-ciel qui arrive. Rien que pour ça je veux y retourner. L’accueil dans le chenal prouve que c’est du partage. »

« J’ai toujours cru en mes rêves, avec un peu de réussite. J’encourage les jeunes. Il faut toujours y croire. »

« Demain j’irai accueillir Fabrice (Amedeo). On est vraiment devenus amis. »

Source: Vendée Globe