lundi 30 mai

Cinq demi-tours : Quéguiner – Leucémie Espoir, Safran, No Way Back et Banque-Populaire ont touché des OFNIS et rejoignent Newport, comme StMichel-Virbac (foil bâbord cassé).

  •  En tête, Vincent Riou (PRB) et Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) au coude à coude
  •  Conrad Colman (100% Natural Energy) part dans l’après-midi new yorkaise

A 16h30 ce lundi, après 19 heures d’un départ donné dans des conditions de navigation clémentes, la cartographie de la New York –Vendée (Les Sables d’Olonne) avait subi un profond chamboulement : huit bateaux avaient toujours le nez orienté vers l’est, tandis que cinq autres pointaient désormais l’étrave vers l’ouest, le dernier étant resté une journée de plus à quai pour achever sa préparation.

C’est bien contraints et forcés que Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir), Morgan Lagravière (Safran), Pieter Heerema (No Way Back), Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) et Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac) ont remis le cap sur les côtes américaines, ce lundi. Et le cœur lourd. Tour à tour, entre 10h40 et 14h20, heures françaises, quatre des cinq solitaires ont heurté des OFNI, ces objets flottants non identifiés qui peuplent les mers. Ils étaient alors à environ 200 milles de New York, un peu plus de 100 milles de Newport, à proximité d’un rail de cargos, et assez loin de la zone d’exclusion protégée où se reproduisent les baleines, située 80 milles plus au nord.

Direction Newport pour les esquintés

AR_VENDEETRANSAT_NYC_290516_0143.CR2 ©Amory Ross/Sea&Co/OSM. NEW YORK CITY - NEW YORK- USA. 29 MAY 2016. The Transat New York–Vendée.

Photo: Amory Ross | Sea&Co | OSM

Le premier, Yann Eliès devrait rallier Newport aux alentours de 21 heures, heure française. Pour le skipper de Quéguiner–Leucémie Espoir, le choc subi par sa monture a provoqué une petite déchirure du puits de dérive, ce qui l’empêche de naviguer dérive basse. Le solitaire breton compte repartir le plus vite possible après l’intervention de ses équipes techniques: à son envie d’en découdre s’ajoute sa volonté de se qualifier rapidement pour le Vendée Globe.

Aux alentours de midi, Morgan Lagravière contactait à son tour son équipe à terre : sa rencontre avec un OFNI aurait cassé un foil et provoqué une petite voie d’eau. Rien de grave, mais le skipper vendéen devra évaluer dans la soirée avec son assistance sa capacité à reprendre par la mer, en course, le chemin des Sables d’Olonne.

En début d’après-midi, Armel Le Cléac’h braquait fort à son tour pour mettre le cap sur Newport. Après avoir percuté un objet flottant non identifié, l’IMOCA60 de l’enfant de Saint-Pol-de-Léon souffrait d’une petite voie d’eau dans le puits de dérive.

A 14h22, le Hollandais volant Pieter Heerema signalait à son tour son intention de faire demi-tour après avoir heurté non pas un, mais quatre OFNI, le dernier provoquant des dégâts sur un de ses foils, sur le puits de foils et une entrée d’eau.

Enfin, vers 16 heures, tandis que StMichel-Virbac naviguait au reaching, dans 18 nœuds de vent, Jean-Pierre Dick a vu son foil bâbord très sérieusement abîmé et inutilisable. Le skipper niçois a d’abord souhaité continuer sa route vers les Sables d’Olonne mais, après un audit approfondi du foil abîmé et de l’étude de la météo (une dépression se creuse au milieu de l’Atlantique), le solitaire a eu peur que le tip, la pièce verticale du foil, se désolidarise et vienne abîmer l’outrigger, ce qui fragiliserait grandement le mât. Réparer et repartir est donc la moins mauvaise des solutions.

Pour l’heure, aucun des cinq bateaux qui ont rebroussé chemin n’ont déclaré abandonner la course. La nuit sur les quais de Newport, il ne faut pas en douter, sera particulièrement laborieuse. La décision sera prise par les équipes en fonction de l’étendue réelle des dégâts et, bien entendu, du degré de sécurité. C’est donc à une course dans la course impromptue à que se prépare ce peloton, loin désormais des leaders.

 

Un départ sur mer plate, les yeux dans le brouillard

AR_VENDEETRANSAT_NYC_290516_0737.ARW ©Amory Ross/Sea&Co/OSM. NEW YORK CITY - NEW YORK- USA. 29 MAY 2016. The Transat New York–Vendée.

Photo: Amory Ross | Sea&Co | OSM

Car, depuis maintenant un peu de plus de vingt heures, la flotte a mis le cap sur la Vendée et, depuis six heures du matin, Vincent Riou (PRB) pilote le peloton. Ce n’est pas encore la grande cavalcade, mais la flotte mène bon train tribord amure dans des vents de travers d’une douzaine de nœuds.La nuit n’a pas été de tout repos pour autant. Si la visibilité était parfaite dimanche au moment de la parade à la sortie de la marina de North Cowe, c’est dans le brouillard que les IMOCA60 ont coupé la ligne de départ à la bouée d’Ambrose Light.

Une complexité de plus à gérer au milieu d’un trafic maritime très dense, qui a poussé Armel Le Cléac’h (Banque-Populaire VIII), Paul Meilhat (SMA), Jérémie Beyou (Maître CoQ) et Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) à descendre plus au sud pour éviter les bouchons. Le gruppetto passera sa nuit à se recaler progressivement dans le sillage du peloton de tête.

Rencontre impromptue pour Vincent Riou

Lundi matin, vers 9 heures, les solitaires avaient fini par s’extirper du brouillard, après une bonne centaine de milles de navigation. « Le départ a été tendu, reconnaissait Vincent Riou ce midi, depuis sa bannette. Sortir de New York n’a pas été simple et on a commencé la matinée à l’aveuglette. J’ai même frôlé un bateau de pêche sans AIS* à trente mètres, ça n’était pas spécialement rassurant ». Paul Meilhat(SMA), passé par le sud, n’en disait pas moins : « La nuit fut particulièrement stressante car on n’y voyait pas à 20 mètres, renchérissait Paul Meilhat. J’ai heurté un objet dans le safran bâbord, le bout de descente (fusible pour ne pas abimer le safran) a cassé immédiatement. J’ai fait un beau vrac, mais tout est rentré dans l’ordre. Peu après, j’ai pris un casier dans la quille qui est parti grâce à une marche arrière sous grand-voile seule. Certains ont eu moins de chance ».

Calé dans sa roue, et dans sa route, Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) attend toujours qu’approche l’heure d’envoyer les chevaux. Légèrement freiné dans la nuit par un gros bateau de croisière qui avançait parallèlement à sa course, formant un mur, Sébastien Josse a fini par retrouver son élan. « Après ces premières heures dans une douzaine de nœuds, on s’approche du moment où il va falloir négocier les premières transitions. On va avoir à enchaîner, d’ici six heures (vers minuit heures, heure française), les premières manœuvres et les changements de voiles qu’il faudra effectuer dans le bon timing. Pour l’instant, sur cette mer plate, le bateau est confortable, il ne rebondit pas, c’est parfait pour garder des forces ».

AR_VENDEETRANSAT_NYC_290516_1139.ARW ©Amory Ross/Sea&Co/OSM. NEW YORK CITY - NEW YORK- USA. 29 MAY 2016. The Transat New York–Vendée.

Photo: Amory Ross | Sea&Co | OSM

« Ca sera bientôt l’heure de renvoyer de la toile », prévient Vincent Le Terrible. Ce sont déjà des conditions favorables aux foilers mais, ce qui est plus important encore, c’est qu’on va bientôt voir comment évolue la météo, pour les deux jours à venir ». A 18h00, heure française, le skipper de PRB avait réussi à préserver une avance de 1,6 mille sur Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), 9,4 sur Jérémie Beyou (Maître CoQ), 11,5 sur Alex Thomson (Hugo Boss) et 13 sur Paul Meilhat (SMA). C’est chaud ? Reprenez votre souffle : ça sera comme ça pendant encore une grosse semaine !