vendredi 3 mars

Le néerlandais Pieter Heerema (No Way Back) a franchi la ligne d’arrivée du 8ème Vendée Globe, jeudi 2 mars 2017 à 22 heures 26 minutes 12 secondes (heure française). Il se classe ainsi en 17ème position et boucle son tour du monde en 116 jours 09 heures 24 minutes et 12 secondes. Pieter a parcouru 29 747 milles sur l’eau, à la vitesse moyenne de 10,60 nœuds. 

Le premier néerlandais de l’histoire de la course peut se féliciter d’avoir réalisé le rêve de sa vie, puisqu’il en termine aujourd’hui avec un challenge personnel. Soixante-cinquième skipper à boucler un Vendée Globe, à 65 ans Pieter Heerema est à la fois un homme d’affaires dans les plateformes pétrolières et un marin averti, familier de la navigation en équipage. L’Imoca à foils No Way Back figure parmi les plus récents bateaux de la flotte, il s’agit de l’ex-Vento di Sardegna, construit à l’origine pour l’Italien Andrea Mura, un plan VPLP-Verdier mis à l’eau au printemps 2015.

Lors d’un entretien avant le départ, Pieter avouait s’être attelé à un immense défi «Je n’ai pas d’expérience, je suis parmi les plus âgés, les risques de subir une casse sont d’autant plus importants. J’ai dépensé beaucoup de temps et d’énergie sur ce projet car je veux boucler le tour du monde. C’est un peu fou de débuter sur un navire surpuissant, le plus moderne, le plus physique, mais c’est un défi technologique car ces bateaux sont fabuleux». Fort d’un programme de six semaines d’entraînement aux Canaries, suivi de deux courses transatlantiques en solitaire – la Calero Solo Transat (entre Lanzarote et Newport) et la New York-Vendée – le skipper Hollandais s’est élancé des Sables-d’Olonne le 6 novembre avec 28 autres concurrents.

© Jacques Vapillon / Sea & Co

« Hâte de découvrir le potentiel du bateau »

Le bateau jaune et noir a connu les premiers soucis techniques, safran, fixation de grand-voile et electronique, durant la descente du golfe de Gascogne. Le skipper a quant à lui fait part de douleurs au dos, durant plusieurs jours. Naviguant au sein du peloton arrière de la flotte qui s’est étirée au large du Portugal, No Way Back franchit l’équateur le 19 novembre en 25ème position, derrière Eric Bellion (CommeUnSeulHomme) et devant Alan Roura (La Fabrique). « Quand tout fonctionne bien, le navire est rapide et c’est vraiment intéressant, j’ai hâte de découvrir son plein potentiel. J’ai rencontré des vents forts en Atlantique, mais je ne contrôlais pas tout à fait. Dans le sud avec le vent et les grosses vagues, j’espère en tirer la quintessence » confie Pieter lors d’une vacation, avant d’aborder l’océan Indien. A partir du cap de Bonne Esperance, No Way Back  fait une trajectoire en zig-zag très au nord et son skipper se bat avec des pilotes récalcitrants, il se fait doubler par Didac Costa (One Planet-One Ocean) et par Romain Attanasio (Famille Mary – Etamine du Lys). Alors que 2016 s’achève, le néerlandais ralentit son bateau pour laisser passer une très grosse dépression et c’est désormais en duel avec Sébastien Destremau (technoFirst-faceOcean), qu’il continue sa course autour du monde.

Au cap Horn le 24 janvier après 79 jours de mer, alors que les trois premiers bateaux du Vendée Globe –Banque Populaire VIII, Hugo Boss et Maître CoQ- sont amarrés au ponton de Port-Olona, le skipper du voilier jaune et noir s’apprête à affronter une remontée de l’Atlantique peu confortable. Passée l’émotion liée au troisième et dernier cap de l’épreuve, la fatigue se fait ressentir  «au niveau de la compétition, j’ai rarement été en contact avec mes adversaires. Mes soucis techniques m’ont contraint à ralentir ou à  faire des détours importants. Je n’exploite que 60% du potentiel de No Way Back… Cela tape énormément et les chocs m’inquiètent» reconnait-il. Englué dans le Pot-au-noir,  Pieter Heerema est de retour en Atlantique nord le 10 février  et il doit toujours se bagarrer avec son système électronique de navigation.

Une arrivée contrariée par la tempête

Alors que son arrivée est prévue fin février aux Sables-d’Olonne, une dernière dépression contrarie le navigateur. Celui-ci doit en effet patienter à la latitude de La Corogne, afin de laisser passer la tempête qui frappe les côtes atlantiques : « Je fais des cercles sur l’eau et il faut que je reste patient. L’état de la mer est incroyable, c’est comme les mers du sud avec des énormes creux… J’ai mis en place une antenne AIS de secours, car l’antenne principale est tombée du mât. A deux ou trois jours de l’arrivée, l’idée qu’il va falloir passer quelques journées supplémentaires en mer est difficile à supporter…Les gens vont peut-être dire que j’ai déjà passé 110 jours en mer et que ces jours de plus ne changent pas grand-chose, mais pour moi cela compte !» Sur la ligne d’arrivée, le seul marin hollandais du Vendée Globe à ce jour, termine la course en avant-dernière position et il doit patienter une nuit supplémentaire au large des Sables-d’Olonne avant que la marée ne lui permette d’embouquer le chenal des Sables, vendredi matin vers 8h. Sébastien Destremau, le dix-huitième et dernier concurrent de cette édition 2016-2017, est attendu dans une semaine pour l’ultime remontée du mythique chenal…

Retour sur la Conférence de Presse de Pieter Heerema – No Way Back :

116 jours, c’est long !

« 116 jours, 4 mois. Cela fait très long quand on est seul. Mais ce n’est pas le pire. Chaque jour il y a un souci à résoudre. Il y a de bons moments, mais beaucoup de moments difficiles.

J’avais l’intention d’arriver ici lundi dernier, mais il y avait un gros système météo et il était trop dangereux d’entrer dans le golfe de Gascogne. Il fallait patienter au large du Portugal. Je n’avais plus d’objectif. Etre seul n’était pas un problème. Mais ce serait mieux de choisir quand on est seul. 120 jours, cela fait beaucoup. »

Soucis de pilote

« J’avais un souci  de pilotes récurrent depuis le début du Vendée Globe. Les experts ont regardé cela, mais n’arrivaient pas à résoudre le problème. Le bateau a été couché trois fois pendant la nuit. Je suis sorti le matin et j’ai été surpris de voir que le gréement était encore en place. Ce problème a duré jusqu’à l’Australie. Ensuite j’ai dit tant pis, je ferai sans ce système. Du coup j’étais plus lent. »

Le premier Néerlandais

« Ce n’est pas vraiment important d’être le premier Néerlandais à faire le Vendée Globe. L’important est que moi, je l’ai fait. Au sujet de l’histoire maritime de la Hollande, on la retrouve tout au long du Vendée Globe : on a passé le cap de Bonne Esperance qui a été découvert par des Hollandais, Leuuwin est une lionne en hollandais et Horn est aussi le nom d’une ville maritime aux Pays-Bas. »

Le Vendée Globe à 65 ans

« L’âge est un avantage et un handicap. Il y a quelques années, je naviguais au large de l’Alaska avec ma fille et nous sommes allés voir les ours. Nous avons vu un jeune qui courait dans tous les sens. Puis un vieux est sorti. Il ne faisait rien, pendant que le jeune entrait et sortait de l’eau tout le temps afin d’essayer d’attraper des poissons. Il n’a pas réussi. Mais le vieux a réussi à prendre un poisson chaque fois qu’il allait à l’eau. C’est cela l’expérience. »

Très soutenu sur facebook 

« Le soutien de Facebook était incroyable. De l’Australie, du Canada… Je ne connaissais pas Facebook, j’ai mis plusieurs jours pour comprendre comment ça fonctionnait et je suis très touché de voir qu’il y a autant de soutien, cela aide beaucoup. C’est grâce à tous ces soutiens que je continuais ma course. Je voudrais les remercier. Sincèrement. »

Pas question de jeter l’éponge

 » « No Way Back » : j’ai utilisé ce nom sur plusieurs de mes projets, c’est une philosophie de vie. Une fois que le projet lancé, je ne pouvais pas revenir en arrière. Pendant le tour du monde, il y a eu des moments difficiles, j’ai failli abandonner au sud de l’Australie, mais j’ai eu tellement de messages de soutien que je me suis dit qu’il fallait continuer, et appliquer cette philosophie, il n’y a pas de retour en arrière possible ! »

Mon bateau,… à vendre !

« C’est un très bon bateau, mais peut-être pas adapté pour moi au départ. Il n’y avait pas d’autre IMOCA à vendre, j’ai vu ce bateau en provenance d’Italie, je l’ai acheté mais j’ignorais à quoi m’attendre. Je n’avais pas d’expérience en IMOCA, ni en solo, c’est très physique, j’ai navigué en permanence avec des genouillères. Je vais recommencer à naviguer en Dragon, dans un mois, c’est ma grande passion; il y a plein d’autres possibilités et beaucoup d’aventures possibles, mais je vais prendre mon temps pour réfléchir à l’avenir. Mon intention aujourd’hui est de vendre le bateau aussi vite que possible. »

Regard sur les autres

« On a vu deux leaders qui avaient des conditions météos plus favorables, avec du vent de travers, tandis que nous à l’arrière on avait du vent de face. J’admire beaucoup des skippers comme Conrad Colman, Alan Roura et Didac Costa qui ont réussi des choses incroyables dans des conditions très difficiles. »

« Aujourd’hui, je ne ferai pas un autre Vendée Globe, mais la notoriété de la course s’est développée aux Pays-Bas et j’aimerais bien voir un autre projet hollandais dans le prochain Vendée Globe. »

Source: Vendée Globe