samedi 11 février

Les derniers milles qui mènent aux Sables d’Olonne sont riches en rebondissements pour Conrad Colman et Eric Bellion, respectivement à 700 et 400 milles de l’arrivée. Après son démâtage survenu hier soir, Conrad souhaite construire un gréement de fortune avec sa bôme, mais pour le moment la mer est trop forte pour travailler sur le pont. Eric a de son côté subi une avarie de rail de grand-voile et va être obligé de boucler le parcours sous voilure réduite (trois ris dans la grand-voile). Les huit autres marins encore en course redoublent de vigilance, notamment Romain Attanasio qui depuis le départ a heurté à trois reprises des OFNI et doit composer sans sa dérive bâbord…

Ils sont respectivement 9e et 10e du Vendée Globe, ils ont bouclé 98% et 97% du parcours du Vendée Globe, et pourtant rien n’est encore acquis. Eric Bellion (CommeUnSeulHomme) et Conrad Colman (Foresight Natural Energy) jouent de malchance sur cette fin de parcours, eux qui réalisent de très belles performances et sont pour le moment les deux premiers bizuths de cette huitième édition.

Patience et bricolage pour Conrad Colman

Malgré son démâtage survenu hier soir, Conrad Colman est parvenu à sauver sa bôme et ses voiles d’avant. Avant d’imaginer un gréement de fortune en lieu et place du mât, Conrad va devoir réparer la bôme endommagée. Le vent ne sera pas favorable pour progresser au portant ces deux prochains jours donc le skipper néo-zélandais pourra en profiter pour mettre en place un système qui lui permettra de rallier le Portugal, voire les Sables d’Olonne si les conditions le permettent. Forcément très déçu, Conrad reprend quelques forces : « Merci à tous pour les messages de soutien qui arrivent de partout. J’espère être à la hauteur et arriver à reprendre la route par mes propres moyens. Je ferai tout mon possible. » Conrad est un guerrier, un courageux et un très bon bricoleur. S’il passe la ligne d’arrivée sous gréement de fortune, l’histoire sera très belle… Rappelons au passage que Colman porte un projet « zéro émission » qui promeut les nouvelles technologies « vertes ». Son bateau a ainsi navigué en totale autonomie énergétique depuis le départ des Sables d’Olonne le 6 novembre dernier.

Eric Bellion sous voilure réduite jusqu’à l’arrivée

Ce matin, Eric Bellion était en train de prendre un ris quand il lui est arrivé une mésaventure : « J’avais un bruit bizarre là haut dans la grand-voile. Le vent montait donc j’ai décidé de prendre un troisième ris, car il y avait des rafales à 40 nœuds. La têtière a pas mal battu pendant l’affalage et j’ai vu qu’elle n’était plus retenue au mât. J’ai tout affalé et j’ai constaté les dégâts. » L’incident est survenu au large de l’Espagne, à moins de 500 milles de l’arrivée. La têtière étant sortie du rail de mât, Eric doit l’affaler complètement pour la réengager. Une fois l’opération réalisée, il sera contraint de traverser le golfe de Gascogne avec trois ris dans la grand-voile. Rien de rédhibitoire mais cela va forcément le retarder et, même s’il espère toujours arriver lundi après-midi, on peut envisager qu’il ne rallie les Sables d’Olonne que mardi. « Je ne vais pas me laisser abattre ! », promet en tout cas Eric.

Romain Attanasio : « C’est frustrant de voir Didac s’échapper… »

Dans l’Ouest de Madère, le duel entre Arnaud Boissières (La Mie Câline) et Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) semble joué, de l’aveu même de Fabrice, joint en vacation ce midi : « Il n’y a aucune raison pour que je revienne sur lui, à part s’il rencontre un souci technique et je ne lui souhaite vraiment pas. Nous avons fait une belle bagarre, il va finir devant moi et il le mérite. C’est son troisième Vendée Globe, moi mon premier. Nous avions les mêmes bateaux et je suis déjà très heureux d’être si proche de lui. »

Alan Roura (La Fabrique), en bordure Nord de l’anticyclone des Açores, se creuse les méninges face à une météo qui ne lui fait pas de cadeaux : « Après la triste nouvelle de Conrad, j’avoue être perturbé sur cette fin de course : le gros temps, la météo instable, les mecs derrière qui vont revenir sur moi… J’ai connu des meilleurs moments ! Je ne suis pas serein, loin de là. Toutes les routes mènent aux Sables, oui, mais laquelle choisir ? »

A 2200 milles de l’arrivée, Rich Wilson (Great American IV) fait lui aussi face à des dilemmes car ses routages sont contradictoires. Malgré la fatigue accumulée tout au long de ces 97 jours de mer, il va devoir rester lucide pour faire les bons choix stratégiques.

C’était à prévoir : à la latitude du Cap-Vert, Didac Costa (One Planet One Ocean) creuse l’écart sur Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) qui est handicapé par la casse de sa dérive bâbord survenue il y a deux jours. « C’est vraiment terrible de voir le bateau abimé comme ça », confie Romain. « Au près sans dérive, je vais forcément être embêté et moins performant. Le bateau dérape beaucoup. La solution c’est de moins basculer la quille au vent. Il y a moins de puissance dans le bateau alors il faut moins toiler, et on va donc moins vite. Je n’arrête pas de me dire que le principal est d’arriver aux Sables d’Olonne, mais je ne peux pas m’empêcher de batailler avec lui et de comparer nos routes, c’est frustrant de le voir s’échapper. »

Pieter Heerema (No Way Back) est quant à lui englué dans le Pot au noir. « Je suis heureux d’avoir franchi l’équateur hier soir, c’est une nouvelle étape importante », dit-il. « Mais je suis complètement arrêté dans le Pot au noir. Il n’y a pas un souffle et il pleut énormément, c’est très humide. Un bateau à voile est vraiment le pire endroit où être dans ces conditions ! » Quant à Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean), le fait d’être à 4500 milles de l’arrivée n’entame pas son enthousiasme même s’il confie commencer à trouver le temps long…

Source: Vendée Globe